Les variations de l’éther

I

Au creux de l'horizon, la plaine sous la houle,

et s'en dessus dessous on pourrait s'y noyer.

Dans le corps des eaux voyager encore.

ivre des océans

ivre du vent

ivre

 et 
    titubant,

mais même à la renverse s'accrocher aux parois.

ici le rêve s'étend

ici le rêve rencontre sa lumière.

Un tintement métallique, viendra nous réveiller.

II

Et la ville disparaît

dans la brume incendiaire

Brûler, brûler, hurler

le cris des étourneaux

Carthage,

est-ce besoin de ton sang ?

de chercher sous la plaie

l'infini des possibles,

et les claques dans la gueule jusqu'à cracher sanguin.

Demain c'est encore loin tu sais.

Tu sais c'est encore loin

III

Là-bas sur l'autre rive,

paraît que l'air est encore chaud

qu'on peut monter encore

et puis prendre la fugue...

La chute horizontale,

notre envolée lyrique.

Transpercé par les octaves,

sortir de la torpeur

des centaines de violons dans la tête

Hullabaloo mécanique

vacarme

puis

rien.

Nous tomberons

En bas, le ciel troué.

En bas, le ciel troué.

IV

Et ce que sait mon sang ma bouche l'ignore encore.

Sous les arcades du temps,

les trotteuses s’épuisent en cercles concentriques,

dans leur vertige j'entends,

les métronomes égrainer nos vertèbres,

le feulement de la nuit...

Et les pans tout entier de la pensée sacrifiés au vide

mon maëlstrom,

mon frère,

mon avaleur d'étoiles.

Tu seras toujours insecte

rampant

végétal
	indistinct

Dans mon bestiaire la meute dévore le cri.

Et moi ? Et moi ?

Mon kaléidoscope et ses éclats dans vos miroirs.

Moi l'endormi,

Celui qui ne dit rien

Celui qui ne voit pas

Celui qui à genoux

Celui qui hurle

Celui qui n'entends plus

Celui qui regarde

et mes cent douze variations,

Toutes

engins du carnage.

V

Dis moi est ce que tu sens ?

Ici, juste ici,

aux quatre gonflements de la poitrine,

le fruit du silence qui gonfle.

Respire !

Puis serre,

Serre-moi encore

On étouffe pour l’heure un avenir incertain,

et ça creuse plus profond.

On cherche à tâtons mais on ne trouve plus rien, et je ne sais que foutre de ce bordel immense, il y a que tout ou presque se passe à la lisière de l'ombre, l’espace est bien connu mais on s'y perd encore... Et on en revient pas.

VI

Et je m'époumonais, sur cette route de nuit.

Loin devant à perte de vue

l'hypothétique ailleurs - mon éternel ailleurs

et l'étreinte sans douleurs - tu y crois toi ?

Regarde l'arbre de mes veines

la détresse de mes bras

on peut réduire encore le souffle entre nos peaux,

le confiner plus loin, entre nos doigts serrés.

parce que nous sommes siamois mon frère,

et ma querelle est belle

parce qu'elle porte ton nom.

VII

Sourire pourtant,

et notre engeance stupide engeance

avec le vent qui siffle entre les dents,

patiente mâchoires serrés

en route pour la collision.

Verrouillons le silence,

dans ce palais d'ivoire.

On oublie maintenant ?

Que tes lèvres m'ont usé jusqu'à la gaine, m'ont sillonné la peau, combien dans ma chair je porte ton absence - le deuil de notre empire dermique - et nos langueurs vespérales... Les petits-matins-rouges les yeux injectés de lumière.

Que les noeuds dans l'éther m'ont déchiré le foie...

On n’oublie rien

On marche

VIII

Et l'ombre avale les landes - à grandes enjambées

et l'ombre est partout,

on aurait pas cru la voir si vaste.

Ses racines ont grandi,

ses racines ont embrassé mes bronches.

Et je me veux pourtant de cette histoire,

je me réclame de son sang et de sa boue,

l'immondice est à ma taille,

à celle de mes désillusions.

Partir n'y changerait rien.

Partir n'y changerait rien.

IX

Courir alors,

50 mètres encore avant l'explosion,

Mais courir à plat ventre

en s'excusant déjà

Car je connais la fin de l'autre histoire,

au bout de l’horizon celle qui s’enfuit déjà

et je sais que tu sais, que je suis ton absent,

que j’appartiens déjà à l’autre rive.

Mais on m'a dit pourtant,

dans un autre hémisphère...

Mais on m'a dit à moi,

que nous pouvions encore, marcher à reculons.